Le mot et la chose

Henri Chopin, Jean Crotti, Sonia Delaunay, Max Ernst, Paul-Armand Gette, Brion Gysin, Bernard Heidsieck, Isidore Isou, Francis Picabia, Angelo Rognoni, Roland Sabatier, Kurt Schwitters, Cy Twombly, Jacques Villeglé, Gil Joseph Wolman

34 rue de Seine 75006 Paris

29.05 - 25.07, 2015

À propos de l'exposition

Au corps du mot
 
« C'est parce que l'homme a des mots qu'il connaît des choses. Et le nombre de choses qu'il connaît correspond au nombre de choses qu'il peut nommer. » En parlant du monde connu, ces paroles du psychanalyste Jacques Lacan dessinent, en creux, les possibilités du monde inconnu, insu, inarticulé. Autrement dit, le monde des choses à conquérir par des mots à inventer. « Les mots en liberté futuristes » de Filippo Tommaso Marinetti signent l'articulation de cet infini à cartographier. Et Jacques Lacan s'y propulse en énonçant: « La poésie est création d'un sujet assumant un nouvel ordre de relation symbolique au monde. » Les artistes présentés dans « Le mot et la chose » font bouger l'ordre connu en modifiant les agencements entre le symbolique et le réel, entre l'articulé et l'impossible, entre ce qui est écrit et ce qui « ne cesse pas de ne pas s'écrire ».


Gil Joseph Wolman fait appel au souffle - donc au corps - du regardeur pour ponctuer ses textes sans pauses. Dans les jaculations du gribouillis, Cy Twombly signe le réagencement d'un lieu (la propriété de son ami Jasper Johns à Saint Martin). Angelo Rognoni architecture des expériences allant du bond à l'évanouissement. Bernard Heidsieck invente une machine à mots où s'érige un espace du dire. Brion Gysin imprime des rythmes qui s'exaspèrent en fourmillements. Isidore Isou désigne les contours d'une énigme. Tous s'accordent à faire parler le mot grâce à la chose dans un moment poétique. La poésie est immortelle et vivante. Et Francis Picabia assure à Guillaume Apollinaire : « Tu ne mourras pas tout entier ». La poésie ouvre le pouvoir de réinventer la chose par l'alchimie du mot. Cette création produit des vagues car elle redessine les contours du monde connu et entre donc dans les rêves où, entre cryptage et rébus, le mot devient la chose.
 
Annabelle Gugnon
 
1. Jacques Lacan, « Les Psychoses », séminaire 1955-1956, éd. du Seuil, 1981.
2. Ibid.
 

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En savoir plus sur les artistes



Catalogue

34 rue de Seine n°14 - Le mot et la chose

  • Henryk Berlewi,
  • Henri Chopin,
  • Jean Crotti,
  • Max Ernst ,
  • Paul-Armand Gette,
  • Brion Gysin,
  • Raoul Hausmann,
  • Bernard Heidsieck,
  • Isidore Isou ,
  • Francis Picabia,
  • Roland Sabatier ,
  • Kurt Schwitters,
  • Cy Twombly,
  • Jacques Villeglé,
  • Gil Joseph Wolman,
29.05.2015
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Article de presse



Communiqué

L'exposition « Le mot et la chose » explore la représentation de la lettre dans sa double perception visuelle et sonore. L'émancipation des mots hors de l'espace de la page, expérimentée par les avant-gardes du XXe siècle, instaure des rapports nouveaux entre écriture et production artistique: quand les artistes s'emparent des mots et des lettres, l'art se lit autant qu'il se regarde et s'écoute.

Cette nature plurielle se retrouve dans la double signification du terme hébreu « davar » qui se traduit par « mot » et « chose ». L'articulation de signes offre au spectateur des énigmes visuelles et sonores à résoudre : des collages de Raoul Hausmann et de Kurt Schwitters aux rébus d'Isidore Isou.

Au XXe siècle, ces artistes ont poursuivi ce travail de libération des lettres et des mots, hors des limites de la syntaxe, du collage, du dessin et du signe. C'est ce champ des sensibles que « Le mot et la chose » propose de sonder, par la mise en écho d'oeuvres majeures.

L'accrochage présente conjointement des artistes historiques: dadas, futuristes et surréalistes, comme Raoul Hausmann, Max Ernst, Francis Picabia, Angelo Rognoni et Kurt Schwitters; des lettristes, dont Isidore Isou et Roland Sabatier; des créateurs de signes, tels Brion Gysin, Jacques Villeglé, Paul-Armand Gette, et enfin des poètes sonores et visuels, comme Henri Chopin, Hugo Ball, Gil Joseph Wolman et Bernard Heidsieck, décédé l'année dernière, et à qui cette édition de CHOICES a décidé de rendre un hommage particulier. Un système d'écoute permet d'ailleurs la diffusion de lectures de langues imaginaires et de poèmes.

Un ensemble d'ouvrages historiques et de tracts futuristes rares et précieux est présenté dans une vitrine, de Iliadz à Fortunato Depero, de Filippo Tommaso Marinetti à Henryk Berlewi, sans oublier un exemplaire de l'oeuvre exceptionnelle de Blaise Cendrars et Sonia Delaunay, La Prose du Transsibérien.