À propos de l'exposition

Décès de notre ami Bernard Heidsieck


Le grand poète performeur qui inventa la « Poésie Sonore » nous a quitté ce samedi 22 novembre. Eric Mangion, directeur de la Villa Arson de Nice qui lui a rendu hommage en 2011, revient sur sa vie et son influence dans l'art contemporain.

Bernard Heidsieck, né le 30 novembre 1928, est mort samedi dernier, le 22 novembre 2014, d'insuffisance respiratoire.


Au milieu des années 1950, Bernard Heidsieck a décidé de rompre avec la poésie écrite, pour la sortir hors du livre. À une poésie passive, il a opposé une poésie active, « debout » selon sa propre expression. Il fut l'un des créateurs, à partir de 1955, de la Poésie Sonore et, en 1962, de la Poésie Action. Il utilisa dès 1959 le magnétophone comme moyen d'écriture, s'ouvrant à des champs d'expérimentation nouveaux. Il était contemporain et proche des courants Beat, Fluxus ou minimaliste américains. Grand Prix National de la Poésie en 1991, il reste le modèle de plusieurs générations de poètes.

« Ce que je cherche toujours, c'est d'offrir la possibilité à l'auditeur/spectateur de trouver un point de focalisation et de fixation visuelle. Cela me paraît essentiel. Sans aller jusqu'au happening, loin de là, je propose toujours un minimum d'action pour que le texte se présente comme une chose vivante et immédiate et prenne une texture quasiment physique. Il ne s'agit donc pas de lecture à proprement parler, mais de donner à voir le texte entendu. »

Tout en étant radicalement novateur, il resta attaché à la sémantique. Il en a exploré les dimensions formelles, que ce soit par la spatialisation du texte, dans les partitions qu'il a écrites, ou par la présence de son corps dans l'espace. Le son revêt avec lui une dimension plastique, notamment grâce à sa diction exceptionnelle basée autant sur le souffle que sur une articulation parfaite ou sur les inflexions sans cesse renouvelées de sa voix.
 Au fil des années, son écriture s'est réinventée pour mieux rendre compte de notre quotidien, de notre univers social, politique ou économique, au travers de ses principaux événements, comme dans son extrême banalité. Il enregistra en 1955 ses premiers Poèmes-Partitions. Puis, il ne cessa de travailler par séries avec les Biopsies entre 1966 et 1969 (au nombre de 13). De 1969 à 1980, ce furent les 29 Passe-Partout, dont le fameux poème « Vaduz » de 1974. De 1978 à 1986, il écrivit Derviche/Le Robert composé de 26 poèmes sonores. Puis à partir de 1988, Respirations et brèves rencontres (60 poèmes produits à partir d'archives d'enregistrements de souffles d'artistes). Par ailleurs, comme beaucoup de poètes, il a poursuivi un travail de plasticien. Dès 1965, il a conçu des planches « d'écritures-collages », la plupart intégrant des circuits intégrés ou des fragments des bandes magnétiques utilisées lors de la création de ses poèmes sonores. Il en réalisera plus de 1000, notamment collectionnées par Francesco Conz. Il aura réalisé 540 lectures publiques « tout autour » du monde.
 Marié depuis soixante-deux ans à l'artiste plasticienne Françoise Janicot, il aura vécu dans les milieux des avant-gardes depuis les années 1950 et aura, en outre, non seulement participé, mais organisé de nombreux festivals internationaux de poésie et performance comme Polyphonix. En 2011, une rétrospective faite uniquement de ses oeuvres sonores a été organisée à la Villa Arson de Nice avec une publication aux Presses du Réel. Sa carte originale de « Vaduz » vient de rentrer dans les Collections du Centre Georges Pompidou. Son travail plastique est représenté par la Galerie Natalie Seroussi à Paris et ses écrits publiés principalement par Laurent Cauwet aux Editions Al Dante. Un documentaire retraçant son parcours a été présenté au Grand Palais lors de la FIAC le 25 octobre dernier. Une exposition de l'ensemble de son oeuvre poétique et plastique est présentée du 12 novembre au 1er février 2015 à Berlin, par Frédéric Acquaviva au nouveau lieu La Plaque Tournante.



 Eric Mangion, directeur de la Villa Arson


 


 


Revue de presse :


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